L'Absolu Nos Textes

 

Aurore Celesti

extrait de "Laisse-moi"

 

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D’autres vagues, puis, un apaisement. Je m’approchais un peu plus encore et lui murmurais tout près : « j’ai envie de t’embrasser », j’enlaçais aussitôt sa petite taille autour de la mienne et l’embrassais. Après, je la portais dans les bouillonnements. Je buvais la tasse sans le laisser paraître. Elle flottait de nouveau. Elle se redressait, je lui faisais remarquer que « nous avons pied », elle souriait avec cette superbe qui éclabousse. Nous continuions à danser au gré des secousses maritimes, je lui baisais la main. Je lui caressais la cuisse dans le velouté vert-lumière de l’eau soyeuse. Je la portais allongée dans mes bras ; bravant les vagues. Je lui embrassais un pied pendant qu’elle riait et me regardait avec une expression d’un charme animal, celle d’une biche surprise et ravie. Nous nous échouions petit à petit vers la plage, nous repartions au large encouragés par la marée. Nous commencions à nous tutoyer. Elle s’appelait Malaurie. Nous devions nous retrouver le soir à un point de rendez-vous dans Bandol. « Là, ce bar ne s’appelle-t-il pas La Vague ? ». Mais non ; elle choisissait le parking du supermarché U un peu à l’écart de la ville, vers vingt et une heure trente. Elle voulait se doucher et je devais rejoindre Guillaume qui loin de me croire noyé pestait contre « l’heure » et un pseudo retard que nous avions pris sur les courses. Courses donc avec lui. Un tennis, et je marchais pour me rendre à mon rendez-vous ; traversant les paysages magnifiques des terres du Var. Le soleil disparaissait au fil de mon parcours. J’arrivais, je lisais un quart d’heure puis elle vînt enfin. Je m’installais, son tableau de bord clignotait de partout. Elle aimait le booling. Il y en avait un ici, elle se garait. Nous entrâmes, je n’avais pas d’argent sur moi et encore moins envie de jouer à lancer des boules sur un parquet ciré à quatre-vingt balles de l’heure. Nous sortîmes, je devais aller chercher mon chéquier pour aller manger une glace sur le port. Nous arrivâmes aux hameaux de Provence puis repartîmes pour les rochers sur mon initiative, en fête, rompant le programme. Or argent, la mer miroitait en coulisse, reine de fiction, hanches aux vigoureux efforts de romance, étonnement nocturne. Lait sur l’orgue des branches, Lune, obsédante assouplie. Fantaisie du banal imaginaire. Les pétales des fleurs invisibles dans les chants violets, les marches fixes ; autant que possible sans tomber au soupirail, derrière les murailles de l’amère Circée qui savourait les brumes d’un soir pâle. Iles en marche dans les sables émouvants, les chaudes caresses, mielleuses et lascives ; leurs dégringolades de quatre millimètres sur trois kilomètres, leurs mirages lents.

« Il n’y a pas de méduses cette année » disait-elle.

Mais la belle crique où je nous avais guidé était ce soir là couverte de sacs de couchage et d’enfants. Nous avions alors poursuivi le chemin le long de la côte parmi les pins.

La tendresse m’ enrobait dans ses gestes végétaux et dans ceux de nos mains. La lune, d’une clarté sans faille happait et rejetait nos souffles ; des reflets platines sur le front et les joues. La majesté. Les flots d’émotions. Tout me semblait vivant, changeant, il suffisait de suivre le courant chaud.

Nous étions sur les rochers, son regard innocemment perdu devant l’arc étoilé et marin de la vue. Nous ne nous embrassions pas. Je lui faisais part de mes impressions sur la vie en générale, et sur elle, en particulier. Sur la vie, elle n’avait rien à dire ; alors j’annonçais mes vérités du jour, celles que je découvrais malgré ce que ce monde avait voulu me faire apprendre « par cœur » et donc sans. J’avais raison me disait-elle, j’avais une bonne analyse, « oui, c’est ça en fait ». Pour ce qui est de son effet sur moi, ce qu’il ne manquait pas de raviver dans mes entrailles et sur le pétale sensitif de mes souvenirs d’amour ; le cœur encore je crois, elle s’effrayait en revanche. Elle n’était pas prête. Elle avait mis dehors son ami deux ans plus tôt, elle avait passé huit ans avec lui. Il était trop souvent avec sa mère devenue veuve et elle ne pouvait plus l’attendre.

Elle était dure comme l’acier mais avec le visage de la victime.

Nous nous embrassions à nouveau enfin. Je la massais, elle se rassurait à peine. Ou plutôt, se rassurait dans sa peine. Elle avait un point dans le dos depuis cette histoire. Elle avait du magnétisme, elle le sentait. Cela ne faisait pas de doute. Avais-je découvert son point de stress focal, là, entre les omoplates ?… Evidemment, c’était toujours là que ça coinçait, entre la tête et les fesses.

Nous nous touchions un peu plus. Elle faisait mine de vouloir plutôt moins.

Elle avait mis une salopette qui lui allait bien parce qu’elle voulait tout dire : no sex.

Et dire qu’ elle désirait m’emmener au booling avant que nous en arrivions là.

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