L'Absolu Nos Textes

 

Charles Cassegrain

"Jubilatoire"

 

Le meilleur moyen de connaître Dieu est de connaître Jésus, et le meilleur moyen de connaître le Christ, c’est de lire ses paroles, rapportées par Jean, qui commencent par «Que cherchez-vous?» et qui finissent par «C’est fini».

Avant ces paroles il y a l’ancien testament, et après, il y a l’église.

Si la venue du Messie est annoncée dans l’ancien testament, l’évangile de Jean ne mentionne pas l’institution de l’eucharistie, pas plus que la prière «Notre père…».

Oui, à bien des égards, le témoignage de Jean est différent des évangiles synoptiques. Il semble porter un souci constant de fidélité à la Bonne Parole pour la «garder» intacte. C’est ce qui importe le plus, car l’enseignement du Maître de son vivant parmi nous est très cohérent dans son unité et explicite, même si les paraboles utilisées pour communiquer sont d’une intelligence unique.

La notion de «mystère» n’apparaît qu’à partir de la découverte du tombeau vide. Dès lors, l’esprit de l’homme cherche à apporter des réponses à ses questions, bien que tout ait été dit avant, avec le «Je suis la Résurrection», et même prouvé, avec le retour à la vie de Lazare.

Le statut de fils est au moins lié à la connaissance que chaque fils a de son père. Il est aussi signifié par l’héritage dont le fils est dépositaire. S’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, y a-t-il sur terre un plus grand pouvoir que celui qui redonne la vie à autrui?

Non.

De même, il n’y a pas de plus grande richesse pour l’humanité que les vraies paroles du fils de l’homme.

Si c’est là le sommet d’une échelle de valeurs, c’est aussi une école pour obtenir le discernement nécessaire au bien-être de l’humanité. Défendons le bien !

Avant de défendre le bien, il faut savoir où se trouve le mal.

Pour trouver le mal, il n’est malheureusement pas besoin de chercher longtemps. En revanche, qu’est-ce que le vrai mal, sinon le pire?

Le pire, c’est de prendre le mal pour le vrai bien.

Le mal peut se montrer séduisant, prendre une apparence inattendue, n’importe laquelle, pourvu que son objectif qui est de disperser soit atteint.

«Ne pas voler» et «ne pas mentir», par exemple, sont de bons repères antédiluviens et seront toujours d’actualité, mais n’empêcheront jamais le vrai mal d’opérer. Satan est un imposteur.

«Plus c’est gros, plus ça passe».

Je veux dire par là, et ça n’engage que moi, que le scénario post-crucifixion est la plus grande mascarade de tous les temps, bien qu’habillée de prodiges.

A quoi sert de culpabiliser ou de se lamenter devant une croix de bois comme d’autres le font devant un mur de pierres?

A rien du tout.

Les paroles du Seigneur sont LA prière universelle.

Les interprétations de Jean sur le triple reniement de Pierre «avant que le coq chante» et sur le défi que Jésus lance de relever le sanctuaire «dans trois jours» lui restent tout à fait personnelles.

Sont aussi à définir celui des douze apôtres qui est «un diable» et «l’autre Paraclet» qui sera envoyé du Père.

Jean, comme d’autres, a été successivement en contact avec les deux plus grands extrêmes que la terre ait portés et révélés dans la même enveloppe charnelle, à deux jours d’intervalle.

Judas, lui, aura été le seul apôtre à n’avoir été en contact qu’avec le Rédempteur. Faut-il s’étonner que l’honneur du dernier repas lui ait été fait par le don de la bouchée trempée?

L’église traditionnelle est un fossile, une pierre, qui a le mérite d’avoir conservé la parole divine, et de l’avoir diffusée au plus grand nombre.

Ses fidèles ont sans doute toutes les bonnes intentions du monde, mais l’organisation a été prise en charge, dès le début, par un homme, à son sommet. Le Christ n’a-t-il pas dit qu’il bâtira lui-même Son Eglise? Je pense qu’il faut ici comprendre que ce seront ses paroles qui feront le gros du travail.

Les interrogations, légitimes, de tout parfait pratiquant, peuvent tourner autour de deux questions:

- N’y aurait-t-il pas, dans cette immensité spatiale dans laquelle nous vivons, des formes de vie qui nous soient inconnues?

- Pourquoi les prières incessantes de fidèles, pour des causes nobles, effectuées collectivement par d’importants groupes ou individuellement, semblent souvent ne pas être entendues?

Toutes les réponses sont dans l’évangile de l’«aigle» (Jean).

Quand le Sauveur donne sa vie, il vient sur terre comme le bon berger rentre dans l’ «enclos des brebis», par la grande porte, c’est-à-dire par le ciel; et il a d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Lorsqu’il la reprend, il presse Judas d’exécuter rapidement sa mission et laisse volontairement à Pilate le pouvoir qu’il a reçu de César.

Je veux dire qu’au moment de la Cène, Jésus a déjà donné sa vie à ses amis, par le temps qu’il a partagé en leur compagnie.

C’est donc là le commandement qu’il a reçu de son père.

Le commandement qu’il nous donne est de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, nous aussi, nous aimer les uns les autres.

Son premier signe a eu lieu à Cana, lors d’un mariage.

Si par ses signes beaucoup de gens se sont fiés à lui, il n’a jamais refusé de faire ces signes à la demande des hommes.

Tout ce que nous demanderons, en son nom, nous sera donné. A condition bien entendu de connaître son nom, et de lui rendre la valeur qui lui est due sans faire d’amalgame, même partiel, avec son contraire.

Comment pourrait-on, en effet, reprocher à Dieu de ne pas nous écouter si nous ne nous adressons pas à la bonne personne?

Si le Tout-puissant se met à exaucer tous nos vœux, il n’y aura plus une seule personne dite «athée» sur la surface de la terre. Déjà, incarné, en multipliant simplement la nourriture à volonté, les hommes voulurent le faire roi.

L’homme désire avant tout la satiété, et, dans une plus large mesure, l’accès à l’absolu.

Les inventions des hommes peuvent bien sûr leur procurer des satisfactions, mais par le biais d’une inspiration relative.

La science ne peut donner que l’illusion de l’absolu par des formules qui peuvent être effectivement vérifiées.

Dieu se manifeste aux hommes, son corps est l’Absolu. L’Absolu. Faisons confiance.

Entre une vision (ou un ensemble de visions) surnaturelle, fût-elle sublime, qui aurait lieu devant mes yeux, en ce début de vingt-et-unième siècle, et les paroles du Christ débarrassées des commentaires de Jean, je préfère me fier à l’écriture.

Le but annoncé est de ne faire plus qu’un. Comment, d’un point de vue chronologique et dans ce cas, le séjour sur terre de La Lumière pourrait-il être «morcelé»?

Selon Jésus, il n’est pourtant pas impossible, ici bas et pour chacun d’entre nous, de voir apparaître le Père vivant en personne, dans une relation directe et strictement personnelle, peut-être sous une forme silencieuse et qui incarne son unité et sa lumière: «Celui qui a mes commandements et qui les garde… je l’aimerai et je lui apparaîtrai».

Inutile de croire en la résurrection le troisième jour pour croire en Dieu.

La certitude est à elle seule une joie et une paix.

Ce monde matériel pourrait être un écrin sublime s’il recevait complètement La Vérité. Les âmes y naissent. Il faut offrir à ces fruits de l’amour le terreau adapté, non pas des promesses de félicités à venir, mais un avant-goût de vie divine.

C’est dans ce but que j’écris ces lignes, car je ne pense pas que nous vivions pour l’heure véritablement.

Il faut arrêter de croire en ce concept de quête éternelle. On est dans le vrai, ou on ne l’est pas. Je suis dans le vrai.

Je me suis fait baptiser, adulte. Dans mon cas, le baptême aura porté ses fruits, dans le sens où j’ai compris le texte qu’il faut comprendre.

A l’évidence, le sens des paroles rapportées à chaque messe: «Vous ferez cela en mémoire de moi» renvoie à la seule action des hommes, sur le corps du Christ, avec la parfaite conscience qu’il s’agissait là du corps de Jésus Christ juste après qu’il eût rendu l’esprit; je veux parler du coup de lance dans son côté.

Le premier Paraclet, qui était juste venu pour attester la vérité, n’était pas pauvre, puisqu’il a le pouvoir absolu dans le royaume des morts, or toutes les âmes sont destinées à en faire partie un jour ou un autre, et ce pour l’éternité. Il a prouvé qu’il avait aussi pouvoir sur cette terre puisqu’il a pu y être incarné.

Que tous ceux qui, baptisés officiellement par l’institution soient fils de dieu, voilà une erreur. Le seul fils de Dieu légitime est Jésus Christ.

Une autre erreur serait de croire en les divers discours sur la fin du monde.

Car l’Apocalypse est aussi inspirée par Satan. Ce texte est imprégné de l’obsession de pureté, ce qui ne correspond pas au discours de Jésus, dont la finalité est l’unité. L’unité est la véritable pureté.

Qu’est-ce qu’inspire ce livre sinon la peur?

Ma vision de l’idéal, ça n’est pas un monument, fût il tout en matière précieuse.

Je ne m’épanouirais pas non plus dans un monde de chiffres énigmatiques que l’on peut obtenir d’une seule ou de plusieurs façons.

Ma vision de l’idéal rejoint elle aussi l’idée d’unité; car des hommes et des femmes qui partageraient la même foi, ce seraient après tout des êtres de même nature.

Une simple prise de conscience peut changer entièrement et définitivement la face du monde dans le bon sens.

Si le message peut-être excessivement choquant pour certains, il n’en représente pas moins, pour tout esprit ouvert, une autre possibilité de lecture vraiment cohérente et concrète.

Toujours dans la trame de l’unité, laissons tomber le dogme du dieu trinitaire! Le Père se fait homme, l’infini se fait fini, et retourne dans son royaume. Il n’y a pas selon moi d’entité composée de trois personnes qui seraient le père, le fils, et l’esprit saint. Il y a le père, il y a eu le fils, et il y aura un avocat (en grec Paraclet), qui défendra la bonne parole.

Autant nous pouvons penser qu’il faille plus qu’un homme pour défendre les hommes, autant nous pouvons admettre qu’un simple homme puisse défendre ce qui est de Dieu.

Jésus dit, dans l’évangile de Jean, avant d’être crucifié, que celui qu’il enverra «annoncera l’avenir».

Si cet être est en mesure de faire une telle chose, nous pouvons raisonnablement penser qu’il ait une autorité prépondérante sur les autres êtres, auquel cas ce qu’il dit se concrétise et correspond de fait à l’avenir.

Il se peut aussi qu’il soit doué d’une grande clairvoyance.

La seule chose qui peut s’imposer est La Vérité.

Bien sûr, la mission confiée à Pierre après la crucifixion peut paraître noble et altruiste en ce sens qu’elle vise à convertir les hommes: Elle semble contribuer à faire connaître le Christ, et à en faire le centre de la vie des croyants. On pourrait croire qu’elle ne nuit pas à la construction d’une civilisation de l’Amour.

Mais au-delà des apparences, elle change tout au message originel en faisant croire à l’immortalité possible de notre chair, ce qui encourage l’individualisme.

Tout l’intérêt de l’aventure spirituelle n’est pas là, mais bien dans la connaissance de l’identité de Dieu.

Tout le bien en découle.

Et l’identité de Dieu, nous pouvons la cerner en prenant dans les évangiles ce qui est strictement de lui, davantage que de voir son visage ou d’entendre le timbre de sa voix.

Mettre tous nos espoirs de le connaître dans la parousie, c’est-à-dire son hypothétique retour sur la terre puis son avènement parmi nous, cela revient à s’égarer.

L’abondance des paroles divines transcrites dans la version johannique des derniers instants avant l’arrestation est justifiée par l’imminence d’un départ définitif.

Admettons ce qu’il a lui-même dit avant de partir: «vous ne me verrez plus».

La thèse que j’expose ici n’enlève bien sûr rien au caractère divin de Jésus de Nazareth, qui, s’il naît d’une femme et quitte son corps à la fin de sa vie comme tout être humain, est pourtant logiquement issu d’une autre condition que celle qui est habituellement à l’origine de la vie humaine. Et cela se conçoit aisément par le principe que sa conscience existait déjà avant sa naissance, et que cette dernière n’en a en rien effacé le souvenir: «Abraham votre père a exulté à l’idée de voir mon jour» avait-il dit aux juifs.

Malgré l’absence en nous de ces attributs divins, il nous est possible de faire les œuvres que Notre Roi a faites, et même d’en faire «de plus grandes». Nous sommes en effet en mesure de donner la vie, et de transmettre à cette vie la conscience que Dieu quitte l’humanité sur la croix en nous laissant son enseignement par Jean l’évangéliste. Dieu n’a pas pu faire cette seconde chose directement.

La parole a en effet autant d’importance que le nom, et si l’on attribue au Très Saint des paroles qui ne sont pas les siennes, même en petite quantité, cela suffit pour fausser tout le sens de son message.

Jésus fait de son cousin germain son frère à la fin de son œuvre.

La relation qui existe entre ces deux personnes est intellectuelle, affective et familiale. Elle garantit la qualité du témoignage qui en résulte.

Saint Jean est l’homme le plus proche du Christ, et Marie est la femme la plus proche du Christ; Ils sont parmi les rares à assister à sa fin terrestre et à pouvoir en témoigner. Leur relation devient directe par la parole unificatrice du crucifié.

Cette façon de lire le texte sacré (arrêter la lecture de Saint Jean à la croix) est on ne peut plus simple.

Elle rejoint l’unité recherchée dans le message messianique.

Dieu (pour ceux qui croient en Jésus Christ en tant que fils de Dieu) a pris la forme d’un homme dans le sein d’une femme: c’est déjà là l’unité parfaite.

 

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