L'Absolu

 

Interviews d'auteurs présents dans la revue

(par Cynthia Masson-Demerlé)

Aujourd'hui (Février 2003) : Mohamed El Ouahed

 

-Poète d’expression française habitant l'Algérie êtes-vous confronté à des problèmes qui seraient de nature à entraver votre travail de création et la liberté de diffusion de votre art?


En effet le fait d’écrire dans la langue de Molière me vaut les foudres de guerre de certains cercles occultes qui ne disent pas leur nom. A travers ce blocage il est clairement signifié que je n’ai aucune issue qui me permettrait de sortir des sentiers battus.

Francophile acharné depuis ma tendre enfance je fais de la langue française mes « dix commandements ». Pour vous dire même la presse indépendante refuse de publier mes textes et pour ce qui est des revues littéraires elles sont toutes arabisées et pas question pour moi de faire la demande. Aujourd’hui je me sens las de me battre face à des inquisiteurs d’une époque révolue.

 

-Vos textes rappèlent une poésie française que les auteurs actuels du vieux pays n'utilise plus guère, pensez-vous que cette saveur de langue, à l'ancienne si j'ose dire, soit typique d'une certaine image des lettres à la française qui ne pourrait-être encore vivante qu'à côté de son territoire d'élection et plus en elle? Comme un retour d'héritage.


Pas du tout ! la poésie libre ou libérée est couramment utilisée pour des raison de facilité en opposition avec les règles de prosodie qui demandent une certaine rigueur .

Je ne dis pas que la poésie libre n’est pas bonne loin s’en faut.

Dans mes poèmes, j’ai voulu mettre en exergue la beauté et la richesse de la langue Française qui a tendance à laisser place à un langage plus simple plus facile à la compréhension .

 

La lutte contre la diversité culturelle et linguistique met elle véritablement en danger la francophonie dans le coeur des algériens d'aujourd'hui ou bien l'interdit suscite-t-il au contraire un intérêt nouveau?


Il n'y a pas d'intérêt nouveau, il y a toujours eu un grand amour du peuple algérien pour la culture française. Mais il existe bel et bien un antagonisme en Algérie entre arabisant et francophone. Pire encore! tout écrit en langue étrangère est synonyme de parjure. Oui je dénonce cet état de fait qui, à la longue, crée des situations conflictuelles entre l'intelligentsia arabophone et francophone. Hélas les exemples ne manquent pas! Nous sommes montrés du doigt et accusé d'être des pro- francais alors que c'est absurde. Notre pays hélas ne veut pas s'ouvrir vers le progrès en matière de langue. Oui les fanatiques au niveau le plus haut en costumes et cravates renient carrément que l'on s'exprime en langue étrangère, alors que le prophète Mohamed que le salut soit sur lui, nous demande de nous ouvrir en direction des cultures du monde. Je ne renie pas la langue arabe! Non! Mais je pense que l'on doit donner une chance à chacun d'entre nous de s'exprimer dans la langue qu'il maitrise au mieux. Est ce une tare? L'ouverture démocratique de l'Algérie n'est pour l'instant qu'un leurre. C'est de la poudre aux yeux pour gagner la confiance de l'occident.

 

-Le corpus littéraire français comporte des zones érotiques pourrait-on dire ainsi que de très nombreux texte en langue arabe, comment cette partie de notre culture commune est-elle perçu à l'heure actuelle?


Il n'y a pas longtemps en été 2002 une opération de chasse aux couples a été prise par les plus hautes instances du pays pour traquer les jeunes filles et garçons.Par ailleurs des dizaines d'établissements ( bars-cabarets) ont été incendies par des fous de dieu avec la complicité des autorités locales. Ceci peut, je pense, répondre à votre question. Ce qui ne veux pas dire qu'il y ai une acceptation de cette situation par les gens. Pourquoi taire de tels évènements qui démontrent si besoin est la complicité pouvoir-islamistes!

 

Mohamed El-Ouahed : né un 05 mai 1945 à Ténès coquette ville du littoral algérien.

Chef de bureau des activités Culturelles et Scientifiques de la Direction de la jeunesse et des sports de la Wilaya de Tipasa.

Il est venu à la poésie il y a de cela plus d'une trentaine d'années. Il lui arrive de relire ses anciens textes d'adolescent avec une pointe de nostalgie pour leur puérilité. Etant mature, a commencé à lire les auteurs du 17,18,19 et 20 siécles pour apprendre la prosodie.

Il se définit volontiers comme un cabotin qui chante l'amour, la femme, ses passions, ses envies, la misère du monde ...

Il est analphabète en arabe. "La raison est simple : de mon temps la langue arabe n'était pas enseignée par les colons. Vous ne pouvez imaginer la joie dans laquelle je suis sachant que mes textes sont enfin publiés par une revue de votre importance" ...et nous de vous offrir cette tribune au nom de la France et de l'amitié entre nos peuples.

 

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