L'Absolu Nos Textes

 


-Jean Pascal Rodes : un nouvel extrait de L'Abandon

J'entre dans le tracé de la ligne de coupe des conjectures.

Des circonstances ; Athènes, nuée, buée, premier janvier, Paris, ici, Do, Ré, Mi, là, Daumesnil, Max Dormoy, la Concorde.

Petit aller-retour en pointillé entre les douces cuisses d'un présent bousculé. Mélopées de nos dernières enveloppes en date qui dansent, humides dans le crépuscule.

Réfraction, diffraction, effraction, multiplication, abandon, reprise, ouverture ; pour le langage : prologue.

Du sel, du sucre, de l'eau, et le frémissement, le ton de la peau, la teinte pourpre de sa chaleur qui bat la mesure.

L'éclat d'un soir, la perle d'un instant.

Pourquoi cette pensée et pas une autre ?

Pourquoi relever ceci plutôt que cela ?

Il y a des ruelles sombres et des ambulances. L'épaisseur du caveau, la distance des illusions. Les mystères d'aujourd'hui et d'hier, les féries de demain, la rue des lampes, la rampe des lunes.

Pourquoi toujours revenir à elles, nues ?

Elles sont là, elles mijotent, elles gigotent, elles s'agrippent, elles tombent, elles recommencent, elles ne savent pas très bien ; nous non plus.

Elles crient, chuchotent, palpitent, elles font la moue, elles papillonnent, butinent, dorment, c'est beau.

Mais oui, le soleil est couché ; personne ne peux plus nous voir. Les lumières de l'appartement sont éteintes. L'air est comme suspendu à notre souffle. Dehors : le froid, les lampadaires. Leur tache jaune de lumière fondante sur les carreaux. L'activité de l'avenue. La baie vitrée. Dedans : le ciel de plâtre sépia, grain parchemin, les murs vides, un grand matelas sur le parquet. Quelques verres de cristal sur un table grand siècle. Longs rideaux rouges attachés. Le silence.

Des mugissements de contentement, d'épanouissement, de jouissances longues et calmes, naturelles. Amandine malicieuse, délice sulfureux d'une étreinte sans mots.

Les mots oublient les corps, la musique les manipule, l'image les cloue.

Pour vivre l'amour il faut savoir s'égarer, déposer ses baguages et s'enfoncer dans la nuit, à deux, sans histoire ; en vivre une enfin, inconsignable, toujours inachevée, jusqu'au chevet. Ce que l'on nomme souvenir pour nous-même, souhaitant vivre autant à nouveau.

Il y a sa bague sur une étagère. De la neige qui recommence à tomber à l'extérieur. Ses petits pieds tout contre moi ; cette mèche brune sur ses yeux, son bras, boudoir de tendresse, coussin mielleux d'amour. Légère rosée de l'aube sur son bas ventre.

Un fil angevin, une larme de senteur blonde, la lumière en triangles sur le front, la cuisse, son genou ; le regard profond.


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