L'Absolu

 

 

Poésie Algérienne contemporaine de Farid Chettouh


 

Où Partir Madame !

Dis …

Monstre fétiche de mes romances,

Vaste étendue de ma quintessence

Vacarme religieux de mon silence

Panorama gitan de ma délivrance !

Ma nébuleuse fontaine…

Mon tyran…ma bohème !

Où partir !

Vers toi…pour abréger l’existence !

Vers moi …pour célébrer l’absence

Dis madame…

Toi ma sœur…ma rivale !

Toi l’ogresse de mon âme,

L’opéra de mes flammes,

Le requiem de mes fantasmes….

Où partir, où partir madame….

 

Le Temps D’aimer !

Souviens-toi….

De ces colliers que je trempais dans tes paysages

Pour me souvenir du crépuscule qui s’achève,

De ces voiliers que je modelais avec tes images

Pour peindre le dernier soleil qui se lève,

De ces lustres qui luisaient

Dans tes sourires ardents,

De ces sources qui se baignaient

Dans le flot de ton firmament,

De ces étoiles, de ces printemps !

Qui jouaient sur ton gazon,

De ces brumes qui tatouaient

Des cathédrales sur tes ballons,

De ces pendules que j’effilais

Sur les mèches du temps

Pour rajouter d’autres saisons,

D’autres sens à ton prénom

Pour que l’éternité dure un moment,

Celui de t’aimer…

 

Souviens-toi

Mon enfant…

Que je ne suis plus !

Souviens-toi.

De ses planètes qu’éjaculait

Le sol de ton cerisier ?

De ses perles d’écume

Que tu fusillais !

Dans les carrefours de l’orage,

De cette chaumière

Sans portes…

Qui m’ouvrait ses portes,

De la lenteur de tes phrases funestes

Qui se suicidaient !

Sous tes sandales célestes

Quand on aimait jusqu’à la colère !

Souviens-toi mon ami…

De mes billes de môme

De mes entraves d’homme,

De mon lit remorque,

De mes arlequins d’Amérique,

De la surdité de ma musique,

De mes papiers gommés !

De la craie de mon enfance !

Quand je colorais l’existence !

Souviens-toi…

De mes cahiers étiquetés par l’infini,

De mes crayons de boue,

Qui marquaient la mémoire de la pluie !

Quand on n’avait que la déchirure !

Pour unique refrain

A chantonner…

Sous la couverture

De notre destin

Et cet orgueil qui nous allait si bien !

Souviens-toi

Des ratures de l’espérance

Qui nous rappelaient !

Les anomalies de l’existence

Pour marchander dans ce minuscule monde

Une majuscule tombe,

De la vapeur de ce pommier

Qui dormait sur la paille d’un grenier !

D’une enfance mal traitée !

Et puisque ce monde

N’est pas à toi !

Ne sera jamais à toi

Alors…

Souviens-toi !

Souviens-toi

 

Un jour de ma vie !

C’était un jour comme tous les jour, Sans soleil, sans amour, je promenais mon âme escarpée sous les monts ensablés des restes de l’aurore, des mouettes ridicules valsaient au boulevard du recul, des nomades rangeaient les cendres du crépuscule jaunissant dans leurs valises empestées, des enfants jonglaient avec des nuages et s’amusaient à perforer les lois de ce béton qui a tellement raison !

Sous le crachin du granite, des bouches rassemblées cherchaient vainement un dernier repas pour un dernier Juda, des hommes déguisés en hommes crachaient des grêlons sur les cicatrices d’un palmier étranger ;et des femmes portant les robes du voyage déterraient le cadavre anonyme d’un poème sans titre et sans rimes.

Dans ce troublant paysage qui me révélait à moi même. Je m’asseyais sur un banc qui voulait déguerpir ; je me ratatinais à ces nattes de marbre en beuglant mes outrages à tous les dieux. Je me rétrécissais comme une flamme.

Embryonnaire, je me cramponnais, aux syllabes du hasard ; aux aquarelles des pluies de passage ; pour crayonner sur mon cahier terne, le profil pâle du jour !

Avec mon regard de défunt, je contemplais ces passant ; ces morts bien vivants.

Navrants, mesquins, crispés et salés comme ce souffle, qui venait mourir sur mes lèvres bleutées, sans doute celui de la vie, la vieille vie.

Derrière mon cœur hanté, j’écoutais gargouiller mes os! Quand je voulais retenir mon corps. Qui divaguait, qui griffonnait dans l’exiguïté du faubourg.

Mes pieds trempés de laideur guettaient les quelques graines d’amour oubliées, sur les fenêtres froides du jour !!

Mes pas ruminaient leurs plumages infectés,

Mes oreilles suçaient l’essence de ce paraître qui teintait le silence chahuteur de ces heures aguicheuses !

Mes narines frissonnaient l’extase de ce panorama gitan , coloré par mille oiseaux nus, sur leurs ailes de poussière ; assourdis par les chants de leurs misères, mille prophètes peignant des voies menottées par leurs prières, mille poètes puisant leurs vers dans le sang de l’hiver, mille marins délavant leurs univers dans leurs vagues larguées à la mer ;

et moi, et moi dévêtu, hypnotisé par cette macabre caricature ; la langue engourdie, le squelette froissé, ivre de sueur, de toutes ces guerres qui se dévoraient dans ma tête…

Je consolais ma douleur, Exorcisé par une étrange sensation d’être toujours au dessus des choses, J’escaladais les échelles de ce ciel qui s’évanouissait sur mes murs désunis !

Pour rejoindre ma nuit et recommencer cette mort si jolie,

Ce jour de ma vie …….

 

OSER….. !

Oser caresser l’univers du bout de la langue, étancher la soif du feu avec la salive de ses yeux …

Oses gifler ses tempêtes accoutumées …, corrompre les étoiles pour prolonger sa nuit…

Transsuder l'univers pour allaiter sa miser..

Oser natter les tresses de la mer, délacer les souliers de la terre..

Oser conquérir le paradis déserté , régner sur l’enfer surpeuplé,

Rompre dans son gouffre moqueur, mourir dans ses propres bras…brûler son masque monotone, faire alliance avec l’automne, flageller ses passions, avorter ses moissons…. Suinter ses saisons …pour vivifier tout ce qui n’est pas vivant …et

Oser …………

Déchausser les lieux !

Déplumer les cieux !

Oser

Arracher à soi

Le génie de sa foi !

Arracher à son chemin

La force d’aller plus loin..…

Que son destin !

Oser

Emprunter ses ailes

Au vent

Oser

Voler sa jeunesse

Au temps !

Oser vivre

Le temps d’une chanson

Oser mourir

Le temps d’une passion

Oser

Tout simplement…

 

Le cimetière de la couleur !

Gracieusement. .Jalousement…

Un spleen trébuche

Sur mon ossature

Exhaure

Le torrent d’une multitude de fragments….

Et se suicide

Soudainement…

Sur la rosace de ma poitrine..…

si bleu il est…

Si neutre..

Si usé !!

Il coud des cercles désarmés …

Et ..Fiévreusement….il orne

Mon cachot …

Sobre et morne !

Sa main…

Emplumée de brume !

Serpente…sur mon plafond

Se tend…..

Descend

Déplume mes plaines enneigées..

Macule mes blés jaunes…

Et s’en va timidement..

Macérer mon chemin troubadour..

Au cimetière de la couleur……

 

Quand je m’endors

Un rosier si bavard…

Engonce mes pas hagards !,

Des cigognes enchevêtrées ….

Dans les burnous du désert …

Marmottent

Sur les épaules !!!

De ma miser……

Des métros exhibent leurs foulards

Et s’élargissent a tous les départs….

Un herbe au goût de femme sirote..

Le nectar de mes veines !!

Un troupeau de songes…

Enjolive ma peine !

La chaire de mes bougies

Excite ma folie….

Et sur les pistes de l’abîme

Des, feuilles de platanes

Se pavanent

Sur mes chaises de nuage..

Démembrant mon corps

Et meublent mes faubourgs

Et moi …esseulé de fureur

Je m'exile dans un coin de mon cœur

Je range ma douleur…

Et … je m’endors…..

 

Le poème de ma mère

Au seuil de chaque soir elle m'attend avec sa galette de blé qui végète les écorces des cieux…………

Avec sa carafe de baisers qui jalousent la divinité du miel qui hiberne dans ses yeux…

Avec son henné dorant ses tresses elle mesure ma marche, sa prière matinale bénit le show de la vie qui s'exhibe sur sa corde a linge encore humide de sa caresse … c'est une nymphe d'un autre crépuscule, une autre marie plus vierge, plus mienne, plus sienne..

C'est l'enfance de l'enfance, la messe de l'existence, le testament d'une chrysanthème …une cité d'amour svelte et parfaite…

Des milliers de moineaux emmottent des bouts d'émeraude dans ses cheveux où l'éternité élève sa demeure, des pèlerins rodent autour de ses talons et tous les saints se bousculent sur l'esplanade de sa couvaison…

Elle a l'age de son sourire, la sainteté de son rire, des cortèges de dianes cueillent les boules des platanes qui pendillent dans son regard de paysanne ….

Toutes les grâces ornent ses doigts comme des bagues de soie et des milliers de papillons brodent sa robe d'incantation….

Sa chaire a l'émanation des temples, la couleur des moissons d'éden…ses bras deux fleuves de cerises où les anges et les titans dorment profondément…

C'est la limite de tout.. Même de la mer.. ….. C'est tout simplement ma mère…

A ma mère rezkia

 

La fugueuse de minuit

Comme une pénélope fugitive, debout comme un dernier rempart, pivotante de sagesse , mûrie de grâce …

Elle mouille mes pages. .avec le vin de sa trace.

Coulissante comme les alvéoles qui dévêtissent mes saisons, virevoltante, arrogante, vociférante comme une chanson, belle, rebelle comme un démon…elle patine sur les pistes du couchant….

obscure tel une clairière en hébétude …spasme d'un rêve humain , icône d'un crépuscule éteint ,elle bacille les débris de mes crayons ,elle saborde mes sanctuaires avec sa fumée couleur de neige et sa morsure odeur de cèdre …..

Je la revois encor liquéfiant les adieux de mes mouchoirs agités, … remuant l'embryon de ma fontaine déshydratée..

Elle a le verbe des dieux, des cigognes, des mutants, des ivrognes…

Fine, radieuse. Pulpeuse elle palpite aux pieds de la brume quand la brume me ressemble….

Elle grince la langue du silence, tourne avilie dans la barque de l'harmonie tremblote comme la bannière d'un conquerrant que je ne suis pas..

J'aime parler d'elle quand elle exacerbe les autels de mon âme avec le nectar de son architecture frôle et morne mais si

Babylonienne, si vénusienne…

je l'aime …sur ordonnance , par pratique , par exaspération par enchantement …par révolte… par haine … par je ne sais quoi……. une horde de sensations ébrouées au plus loin du loin…au plus près du corps égrené par les gammes de la magnificence …,

Animé par l'hystérie du rêve incorruptible qui communie avec ses allées a lui …..Je l'aime cette inlassable rupture de l'utopie, cette antique potence de mon cri …cette allumeuse de mes nuits.. Cette fugueuse de minuit…

Je t’ai cherchée !!!!

Dans la fumée des ports

Qui blêmissait mon corps,

Dans l’errance des gars

Qui voyageait

Dans mes yeux hagards…

Je t’ai cherchée..

Dans les nuits d’hiver

Qui cousaient mes prières,

Dans les chétives lumières..

Qui gémissaient

Sous la tamise des chaumières

Je t’ai cherchée..

Dans la caresse du vent

Sur les cheveux du levant,

Dans les baisers du néant

Sur le front des saisons

Je t’ai cherchée

Dans les prairies de l’enfance

Qui se balançait

Sur les balançoires de ‘l’existence,

Dans les cités de la laideur

Qui fleurissait

Dans les faubourgs d e mon coeur,

Je t’ai cherchée, je t’ai cherchée

 

Ménopause de l’âme

Cristalline, insoluble elle exhibe sa silhouette décomposée, étale sa momie magnifiée Se pavane vaniteusement comme une goutte de l’infini, parade jalousement sur les haies de l’oubli …

Comme une colline fauchée endormie sous la couette d’un églantier.

Engraissée de virtualité elle cimente les fissures de ses mirages amaigrie de singularité elle cire l’usure de ses fantasmes…..Frauduleuse, cajoleuse elle bouffonne les phrases assassines qu’elle émet de ses lèvres voluptueuses…

Le soir elle s’avorte comme une céleste chaleur qui flambe sous la jupe d’un darwich tourneur,elle s’écaille comme une fresque d’abîmes qui couronne les blessures des rivières incestueuses, .elle tombe comme une averse dévastatrice qui vogue sur les bergers des obscurs soirs..

Marbrée de frissons, .elle se courbe comme une vague de quiétude, teintée de passions elle se révolte comme une ruisselante béatitude. ……,comme une odeur intime, un souffle de vie illégitime ,comme une amulette des larmes , une cueillette des flammes, une crampe à l’âme …une ménopause de l’âme !

 

Une passante

Un azur patibulaire couvre son veuvage, le henné tentaculaire de sa chevelure amadoue les orgasmes de la nuit…elle tisse des lampadaires avec ses rubans d’encens, elle passe toujours devant moi, même sans moi elle passe ...Elle ne fait que passer quand les chemins de fer s’aigrissent sous ses talents de poupée chaplinesque….

Elle donne aux mirages… .Une forme, un prénom, une raison pour la véracité ….elle s’adosse sur son jaune lacustre… étire son musc raffiné et haché sous le regard fugitif de ma cadence sacrée…..

Parfois elle danse .., sur mes îles chimériques, escorte mes falaises vertes ..Avec son rire malicieux, soupçonneux… houleux qui se désaltère le long de ses bas colorés de blé brûlé …cicatrisant les rides de ma chevauche ….

Limpide, fine, armée de son éther morbide au goût de légendes elle défile sur les graffitis de mes tornades….

Assoupie par le vacarme de sa jouissance …elle dégage de ses cils une fureur étrange qui babine mes tambours et geint les figures de ma poussière….

Je la dévisage ,je la broie ,je la déshabille de sa fourrure lacunaire …je me saoule avec sa cupidité enfantine pour provigner mon futur voyage…

je hurle de frémissement , je voltige d’épanouissement …et j’exhume l’odyssée de mes remords pour peindre mon tort de l’avoir croisé….

Quelques fois en me voyant feindre toute ma stupidité ..elle exulte ses seins pointus comme deux tours de lumière spiritueuses et juteuses….

Elle laisse les pinceaux de hollande vêtir les vitrines des églises délaissées les dimanches d’hiver !!!

Elle arrose les gorges du Gange !!Elle déplace, reproduit le ciel dans ses yeux qui s’offrent comme une offrande a tous les dieux….et ressuscite Nue, mue, jalonnée sous la tamise du couchant….voguant sur mon ventre de tourmenté, feutrée a la barbe du temps si jaloux…..

Elle s’en va sur son corps volant ….piétinant tous mes rêves d’après et d’avant …..

La haut ...Elle erre dans des paradis aveuglants, dérange, provoque.. Savoure des Chopins vexants…et succombe à ma tentation…

Et moi appuyé sur les béquilles du néant, je papote sur mes genoux.. Riotant mon verbe absolu …, cachottant mes desseins bruyants.. Vibrant sous les wagons de carton qui jonchent sur cet horizon .où elles va souvent….

Je la vois de loin capitulant son passage ,défigurant toutes les saisons …elle ronronne sur mes flaques de sang ,se rue sur les isthmes de mon calvaire , remue sa maladresse de déesse ….épuisée de passer ,elle se donne a moi sans dévouement ,sans engouement …puis passe comme une vie filante ..Comme une ombre flottante ….comme une passante….

 

L’étrangère

Plaintive, captive…

Elle glane sur mon aube si sourde !

Fugace, légère…

Elle plane sur mon âme si lourde !

Sublimée

Derrière ses verrous d’or,

Mythifiée…

Derrière. les lambeaux d’un corps !

Sculpté par tant de ports !

Elle s’endort…

Dans l’océan de ses fleurs

Qui naissent sur sa face

Où…

Tant d’oasis de soie

Dansent de joie,

Tant de sécheresses,

Pleuvent d’allégresse,

Tant de nuits noires

Tricotent leurs phares

Et tant d’éternités

Blêmes de vieillesses !

Retrouvent l’éclat de leurs jeunesses

Dans les reflets de son regard

Qui m’apprend la sagesse…..

 

Le poème de Paris

Paris….

Une majuscule dans le récit de la création,

Un soupire entre deux orgasmes,

Une promesse de pluie,

Une femme croquant une pomme

Dans le train de minuit,

Une demi déesse aux joues affaissées

Qui rougit quand elle jouit !

Paris…

L’échéance de la langue,

L’architecture du péché,

La douceur du coton sur la paume d’un esclave,

Un diadème hors saison

Sur les cheveux de l’horizon,

Un manteau lacustre pour un dimanche pluvieux !

Paris…….

Ce que les souvenirs regrettent,

Ce que les femmes racontent à la mer,

Paris…….

Des graines de soif pou les restes d’un rendez-vous,

Le mea culpa de Lucifer,

L’odeur du vin sur les cils d’un pendu,

Des boules de neige parfumées de cerise !

Paris…

Un supplément du paradis,

Une raison pour corrompre la vie !

Paris…

La plus grande des solitudes

Mais la plus jolie,

La plus paris …

 

 

 

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