L'Absolu

 

Interviews d'auteurs présents dans la revue

(par Cynthia Masson-Demerlé)

Aujourd'hui (Octobre 2001) : Jean Pascal Rodes

 

-Vous revendiquez une certaine filiation avec vos auteurs "révélateurs" ; et notament avec Philippe Sollers, pourriez-vous vous exprimer sur cet aspect de votre approche de l'écriture?


Je suis venu à l'écriture par un mouvement respiratoire. Je sentais une sorte d'obligation à retranscrire mes sentiments et mes réflexions depuis tout jeune et lorsque j'ai été absorbé par l'oeuvre de Beaudelaire, Kafka puis celle de Lautréamont, j'ai compris que je ne pouvais faire autrement que d'écrire. Je me suis construit pas à pas et je suis encore loin de compte en comparaison de ces grands esprits. Je parle souvent de l'oeuvre de Philippe Sollers car elle semble à mes yeux la plus importante des temps actuels ; non seulement par son style et la permission qui est donné à la joie, à l'inconventionel malicieux et brillant à la fois, mais aussi pour sa formidable connaissance. J'ai beaucoup de respect pour les savants poètes, philosophes et musiciens, vous savez, Philippe Sollers fait parti de ces rares hommes qui ont l'intelligence joyeuse, amoureuse et communicative. D'ailleurs des hommes, si il n'en restait qu'un, ce serait lui.

 

-Vos textes laissent souvent un doute sur le sens ; une double utilisation des mots, ne croyez-vous pas que votre style incite à la confusion ?


Chère Cynthia, je vous remercie pour cette question car elle va nous promener vers les ondes acoustiques de la langue et plus seulement celles, lumineuses, du caractère sur la page blanche. Comme vous le remarquez, l'art ne peut se soustraire à son temps, il peut le dépasser mais pas l'ignorer totalement, ne serais-ce que par les matières qu'il emploie. Nous vivons dans une sorte de chaos visuel et auditif et cela s'en ressent dans le travail des artistes d'aujourd'hui. De Marinetti à Glenn Branca ou Boulez, la musique du siècle se radicalise pour couvrir le tintamarre des cités où elle est jouée, ou même s'en jouer.

En joue donc, je tends l'autre et vous réponds que les mots sont des clefs vers d'autres et que certains ouvrent plusieurs serrures ; ce que vous appelez "mon style" n'est autre que la musicalité de la langue utilisée dans son aspect moteur de rebonds sensationnel ; dans le sens de ce qui impressionne les sens. Le mot sens pouvant ici-même revêtir son acceptation "sensibilité" et "raison-d'être ou compréhension". La façon dont j'écris ne laisse pas de doute à mon sens, justement, car il les englobe tous, les visite un par un et en même temps, que ce soit par leurs sens avec l'acoustique des mots ou leur sens, celui de leur compréhension...Tout ceci étant également affaire de directions.

 

-Le petit comité qui a connu vos écrits s'agrandit par le bouche à oreille et votre initiative a fondé cette jeune revue. Qu'attendez vous de ce media?


Rien d'autre que son objet : diffuser.

Il existe, pour moi, une conduite stratégiquement et humainement meilleure que celle de l'attente d'une lecture par quelques uns qui dictent le moment de votre apparition aux yeux des autres ; internet est une bénédiction de ce point de vue.

Il y a un aspect communautaire de l'absolu et de l'abandon, si je puis me permettre (sourire). Il ne laisse pas douter du bel avenir et du présent délectable d'un contact proche entre auteurs et lecteurs.

 

-Vous faites partie des rares auteurs à publier indifféremment votre oeuvre sur le réseau ou sur papier. Est-ce une volonté de votre part, de part la nature de votre travail ou bien une nécessité devant les aléas de la publication papier qui vous dicte cette attitude?


Le problème du papier c'est avant tout son coût ; coût qui doit être rentabilisé, comme chacun sait!

Je comprends l'inertie des éditeurs sur ce point ; ils sont tenus par des impératifs marchands, pour la plupart .

L'autre souci, c'est la disponibilité ; envoyer des manuscrits à des maisons d'éditions n'est pas une activité très constructive en matière de littérature pour les raisons que j'évoquais précédement. Démarche très différente dans la mise à disposition sur internet. Un fin limier de l'édition fera seul le constat qu'il doit faire mais en attendant, nous nous connaissons déjà ; vous, moi, les lecteurs de l'absolu.

Le dernier intérêt de publier en ligne étant également la réactivité.

 

-Votre premier roman, L'Abandon, n'a jamais été envoyé aux maisons d'éditions?


Non. Elles ne me l'ont pas encore demandée mais ce texte est protégée et à la limite je n'ai qu'à attendre un plagiaire pour vivre de mon oeuvre (rire).


-Notre entretien s'est poursuivi avec JP Rodes -> Cliquez ici

 

 

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