L'Absolu Nos Textes

 

Rudolf Von Selsen

Zidane et l'antiaméricanisme

 

...

Pileface

Texte de Marc Edouard Nabe : "Zidane la racaille"

Histoire critique du système de l'américanisme - Part One ;!)

Histoire critique du système de l'américanisme - Le grand Trou Noir

 

Il faut quand même dire que...bon...vous comprennez...enfin! Pffffuit...

 

Philippe Sollers : Zidane Liban Canicule Cèdre

Zidane J’ai eu tort, c’est vrai, comme bien d’autres, de sous-estimer, au début, l’équipe de France de football : Elle s’est ranimée, elle a ressuscité, elle a accompli des miracles, saint Zidane est monté au ciel On imagine la hantise publicitaire des sponsors de devant nous, jusqu’à ce coup de Zidane (Danone, par exemple). boule en finale qui nous a Enfin, tendance générale, le ramenés brutalement sur terre. dieu Zidane est redevenu Mon dieu, mon dieu, quelle histoire. Que s’est-il passé ? Suivons le mouvement : Zidane marque un penalty contre l’Italie. Plus tard, il frôle, d’une tête splendide, le but de la victoire détourné in extremis par le gardien italien. A ce moment-là, il est furieux, il hurle, son visage est contracté, bouche ouverte, il ressemble soudain à un bouc de choc. Puis vient le coup de boule sur Materazzi, la vidéo. Irréfutable, le carton rouge, l’expulsion, la dégradation, la honte. Tempête sous un crâne, stupeur mondiale. Les commentaires ont aussitôt proliféré, le plus cocasse était sans doute celui des Nouvelles de Pékin : « Tout roi du football est une combinaison d’ange et de démon. » Pendant des jours, on a vu, en boucle, le front de Zidane administrer un sévère pneumothorax à son insulteur Mais qu’avait donc dit ce dernier ? Une injure raciste ? Des propos orduriers sur sa Mère, traitée de terroriste. » ? On imagine la hantise publicitaire des sponsors de Zidane (Danone, par exemple). Enfin, tendance générale, le dieu Zidane est redevenu humain, c’est-à-dire comme vous et moi, n’est-ce pas, qui avons le coup de boule facile. Ségolène Royal a trouvé l’attitude de Zidane « exemplaire » par « sa capacité à défendre farouchement le respect dû à sa mère, le respect dû à sa sœur ». Mais qu’a dit exactement Materazzi, cette brute tatouée ? Il faudra désormais équiper les joueurs d’un micro enregistreur plutôt que de perdre du temps à déchiffrer des mots sur leurs lèvres. Le pudique Zidane évoquait sa maman, sa sœur. La réalité est plus triviale et bêtement érotique : Materazzi pelote Zidane à travers son maillot, celui-ci lui propose de le lui donner dans les vestiaires. Le tatoué lui lance alors « casse- toi, pédé », « avec ta pute de sœur », et enfin, tir au but, « je vais te défoncer le cul ». D’où le coup de boule. Là-dessus, censure générale, il ne faut pas choquer les enfants et les éducateurs. Zidane a certes défendu sa sœur, mais surtout sa virilité humiliée. Je ne vois pas en quoi il est condamnable. A quand, d’ailleurs, un grand match de coups de boule ? Ça devrait valser.

Liban Israël, pour sa défense a choisi l’action militaire à l’américaine. Zéro mort pour soi, bombardements massifs, éviter lee engagements au sol (mais. s sont en train de venir), indifférence impériale pour les pertes civiles, d’ailleurs symétrique de celle de son adversaire fou. Dans ce genre de stratégie, il faut aller vite, anéantir l’ennemi en quelques jours, sinon c’est le bourbier classique, l’émotion internationale, etc. Soit les services de renseignements de Tsahal ne sont plus ce qu’ils étaient, soit la stratégie à l’américaine montre de plus en plus ses limites, mais le moins qu’on puisse dire est que l’engrenage est celui des dégâts. Le cinglé du Hezbollah paraît à la télévision, il est calme, c’est un bébé rose barlu, il n’a pas du tout l’air impressionné par les destructions en cours, au contraire. Là-dessus, comme d’habitude, exode des populations, évacuation des étrangers, civils brûlés avec leurs enfants dans leurs voitures, explosions meurtrières à Haïfa, sinistre passion de mort à l’œuvre, comme en Irak. Chirac tire son épingle du jeu, remonte dans les sondages, provincialise Sarko et Ségo, obtient des corridors humanitaires, des corridors, que dis-je, bientôt des couloirs. Il avait déjà fait un très bon 14 Juillet, demandant qu’on s’occupe d’autre chose que du « sexe des anges », stigmatisant « la morosité que d’aucuns s’obstinent à dépeindre », n’arrêtant pas de répéter « La France, la France, la France ». Pauvre Liban, désormais, pauvre pays du cèdre.

Candoleezza Rice à Beyrouth, le 26 juillet 2006 Quelqu’un qui ne s’arrange pas avec le temps, en tout cas, c’est Condoleezza Rice : sa démarche est de plus en plus mécanique, son sourire robotisé, on dirait une employée des pompes funèbres planétaires. Comble d’étrangeté, des observateurs de l’ONU sont tués dans un bombardement, dont un Chinois. Le ministre adjoint des Affaires étrangères chinois, Zhai Jun, convoque en urgence à Pékin l’ambassadeur israélien pour une ferme protestation et une demande d’excuses. Excuses israéliennes, donc, et promesse d’enquête approfondie et rendue publique. On verra bien.

Canicule Je fais comme vous, je me saoule d’eau, je m’asperge, je regarde avec accablement les informations et la météo, je

« Il y a le feu à la maison et tout le monde regarde à côté. » Nicolas Hulot suis obligé de me demander où court cette petite planète projetée dans la fonte des glaciers et l’effet de serre. Coup de boule de Zidane ; guerre du Liban, canicule, c’est beaucoup pour un seul mois d’été. Vers midi on se prend à souhaiter l’arrivée de l’hiver, du gel, de la neige. Je ferme mes volets, je continue à écrire un livre sur les fleurs, plus à contre-courant tu meurs. Cela me permet, en ce moment, de rendre visite au très grand poète persan Omar Khayyam (1040-1125), qui a été aussi un mathématicien et un astronome célèbre. Ses quatrains sont presque tous des célébrations du vin, de l’ivresse, mais aussi des « jolies », qui pour lui sont toutes des tulipes. Il est bon de l’écouter dire « Au loin islam, religion, péché ! », et « Assieds-toi au Paradis avec une jolie ». Et ceci : « Boire du vin, chatouiller des jolies comme des tulipes, C’est mieux que des cafarderies, des hypocrisies. S’ils sont damnés, ceux qui font l’amour et qui boivent. Qui donc voudra voir le Paradis ? Qui ? »

Cèdre Je tombe sur ce passage de Claudel, dans Le poète et la Bible : « Les cèdres, c’est la végétation immortelle qui de tous les côtés escalade les pentes du Liban. Le cèdre avec ses vastes plateaux superposés est tout ce qui obéit à une invitation pour monter à surmonter et à se surmonter. Le cèdre croît dans une émulation avec lui-même. n ajoute un horizon à l’horizon au-dessous de lui élargi. C’est un édifice contemplatif. Son rôle est de transformer la contemplation en construction. Sa substance est du temps enregistré. Il a fait de la terre qu’il suce par le moyen de cette lumière qu’il respire du bois. Il élabore de la solidité, tout ce qui permet de circonscrire de l’espace à l’usage de l’homme : voici le parquet sous nos pieds pour nous séparer de la terre, le toit au-dessus de nos têtes soutenu par la charpente et ces parois qui transforment l’ambiance en une géométrie habitable de rapports. Salomon s’adresse au Liban pour se procurer le moyen de rendre Dieu intérieur. Ce qui transforme la contemplation en un temple. » Est-il indécent de citer ces phrases admirables en face des tonnes de béton effondrées, des bombes, des cris, du sang, des larmes ? Quelqu’un a dit que la beauté sauverait le monde. Je l’ai cru. Je le crois toujours.

Journal du Dimanche 30 juillet 2006 -Journal du mois

Philippe Sollers

 

 

- - -

 

Vous lecteurs de Belgique et du Canada, de France et du Sénégal, des départements et territoires d'outre-mer, francophones de l'étranger, envoyez vos textes ou vos encouragements, critiques, impressions, participations: linfini@labsolu.net

Ce texte est protégées(SGDL). Toute violation sera poursuivie. Merci de prendre soin des Droits liés à la propriété intellectuelle.