L'Absolu, revue littéraire

 


Il fallait bien que ce soit si proche du 11 novembre, après la boucherie, le traité de plomb, la paix sans pardon qui était donc encore la guerre...

Il fallait bien que ce soit si proche du 11 novembre, la fin provisoire des combats armés qui ont ruiné les empires européens autrefois si puissants et le début de l'archaïsme techniquement équipé.

 


Etat d'urgence

 

L'état d'urgence a été décrété récemment en France. L'urgence pour un être humain ce sont souvent "les urgences", quelque chose qui n'allait pas ne va plus du tout! C'est l'urgence. Après l'urgence, soit c'est la fin, soit le rétablissement. Rétablissement qui suppose la suppression des conditions qui ont menées à l'urgence.

Pour un pays c'est un peu pareil. Le pays ,comme le corps, peut être étudié, il a son coeur, ses bras, ses jambes, son cerveau, ses poumons, son foie, ses artères. Et qu'avons nous dans ce pays : un coeur qui va très bien mais qui est étouffé par une terrible pression et une respiration difficile ; des bras, liés. Certes les liens serrent peut-être un peu moins que chez d'autres pays carrément ligottés mais ils font déjà mal. Les jambes elles, font n'importe quoi, on n'arrive certes pas à avancer quand une jambe part à droite et l'autre à gauche. Les cerveaux sont cachés ou insultés et ils ne commandent pas grand chose ; ceci est un point très négatif pour le bon fonctionnement du corps. Les poumons, comme le coeur tiennent sous la pression, la respiration devient haletante ; le foi est malade, le corps ne filtre plus rien, tout est formidable, tout passe, la plus énorme nullité est digérée et évidemment les artères se bouchent, les organes ne sont plus approvisionnés correctement, bref, oui, c'est bien l'urgence.

Alors ensuite, l'état d'urgence. En la circonstance ce n'est plus vraiment l'état ce qui prime sur l'urgence, c'est l'urgence. Mais si on ne se soucie plus de l'état, alors on cède à la panique ; quand il n'y a plus que l'urgence ; et que, dans l'urgence de l'urgence, on oubli l'état ; et qu'on charie le blessé sans voir qu'il est gelé, que ses doigts se cassent comme du verre pendant le transport. On avait oublié son état! Plus serieusement, l'état d'urgence. Dans l'urgence on arrive aussi parfois trop tard. Et là il n'y a plus d'état, ni d'urgence, d'un seul coup! Tout s'arrête, on a affaire à un mort. Après, c'est du polar: est-ce que l'état de cet homme est arrivé à cette urgence par hasard? Mon non, regardez, ils défilent tous devant la dépouille comme les prélats d'un ordre disparu. Et oui, la montre s'est arrêté.

Brûlots de misère

 

Misère du décor inhumain qui les a construit (les "quartiers" cages à lapins), misère culturelle criante (pas de livres, pas de goût, pas de beau), misère de la langue perdue soit disant ré-inventée et qui hypothèque la transmission du français (parler normalement reviens à passer pour un intellectuel peu fréquentable pour bien des jeunes lettrés auprès de leurs camarades), misère criminelle des structures (l'état structure l'encadrement et la promotion de cette misère par ses décisions en matière d'urbanisme et d'"animations" culturelles et éducatives qui n'en ont que le nom), misère économique enfin, entretenue de façon criminelle avec l'entrée en France des produits à faible charge sociale et la prime de fait à la délocalisation des emplois du pays au profit de l'amélioration de l'emploi d'autres moins regardant sur l'humanité des conditions de travail, de salaire et de vie.

Les "émeutes" de ces derniers jours (voir les émeutes de Los Angeles ou d'Argentine pour savoir ce qu'est une émeute merci), nous sont présentées comme étant le fait de gamins, des enfants... On s'étonne...

Déjà lorsque j'avais douze ans je souhaitais que l'on détruise les HLM (Habitats à Loyer Modéré-autrement només barres HLM -c'est à dire littéralement: tours pauvres) ; plus tard, ne pouvant plus marcher librement à cause du "monde des voitures" qui a envahi tous les espaces, je pensais à des systèmes de ballons à air chaud pour se déplacer, j'avais des rêves d'enfant, mais l'humanité a montré qu'elle est capable d'en réaliser certains, nous pouvons encore espérer... En tout cas des changements nécesaires qu'un enfant entrevoyait déjà nous sommes passé à l'urgence...

Depuis cette époque, que s'est il passé? Toutes ces conditions défavorables au développement humain ont empirés. Les jeunes sont devenus moins jeunes et plus aigris, les politiques n'ont rien fait d'intéressant et ils ont même cru bon de légitimer la misérable situation de la vie moderne au nom de "l'économie", changer tout cela aurrai coûté trop cher, etc... Très mauvais calcul de coûts! Et finalement très mauvais calcul stratégique. Les citoyens sont mécontents ; autant les casseurs que les cassés sont excédés. Nos hommes politique ont obtenu un résultat nul. Ces populations aigris des "cités" finissent par coûter beaucoup plus cher sur bien des plans et plus seulement économique ; à tout voir sous cette lorgnette de l'economie, on finit par oublier le devoir politique : s'occuper d'améliorer les conditions de vie en société, faire que la vie ensemble soit une belle aventure pleine de possibilités pour chacun suivant son age et ses aspirations, sachant que ces mêmes aspirations découlent de ce que l'on aura appris à aimer à l'enfant.

Qu'a t on appris à aimer à ces jeunes? Rien. Quelques professeurs héroïques ont sans doute fait le maximum mais quand tout le reste pousse leurs élèves vers le bas. A commencer par le système lui-même qui fait du professeur un pion et non plus un maître respecté parcequ'il Sait.

En faisant en sorte que les parents n'aient pas le temps et l'envie profonde d'éduquer véritablement leurs enfants, ni même de s'éduquer eux-mêmes, on a pris le risque que ni les uns ni les autres ne comprennent grand chose en général.

En faisant la promotion du "chacun pour soi" et d'un rapport au monde et aux autres qui ne soit qu'économique, On a oublié que l'économie seule ne fait pas le developpement des individus et de la nation.

La langue, les arts, le fait même de s'inscrire nécessairement dans l'Histoire, constituent des pivots de la vie personnelle et collective, axes sans lesquels l'économie reste le lien le plus ténu entres les hommes, un lien trop lâche, on ne sait plus ce que l'on fait ensemble, on se refuse mutuellement, on devient violent... Et suivant le degré d'humanité qu'il nous reste, on évite ou pas de faire du mal à autrui. On préfère réfléchir et préparer l'action que de tout casser bêtement. Or, oui, c'est l'état d'urgence! Donc maintenant il va falloir réfléchir et agir vite. Et comme la situation mondiale est extrême sous bien des rapports, nous n'avons d'autre choix que celui de bien faire!

Il va apparaître dans les prochaines années des nouveaux mouvements, de nouvelles alternatives politiques que la "démocratie" actuelle pourra peut-être saisir pour que nous soyons tous sauvés d'un passage par de pires conditions encore. La longue histoire politique de la France et le phare qu'elle représente pour beaucoup de nations de ce point de vue nous place en même temps en première ligne, mais aussi avec la connaissance du combatant aguéri et inventif. Ainsi, nous pouvons nous réjouir de ces nouvelles épreuves révélatrices de ce qui doit changer dans ce pays et dans le monde car nous en sortirons grandi ; si toutefois on se donne un peu à l'ouvrage.

Il est evident que la fermeté et la démonstration de force côté état est nécessaire actuellement mais sa vraie force et sa vraie légitimité viendra de l'éradication de la source des maux plus que de leurs symptômes.

Comme un corps déclenche sa fièvre pour stopper sa maladie, il va falloir évacuer chaque jeunes déséquilibré dans la montagne. Il faut innover, la prison n'est pas une bonne solution et elle coûte chère, elle ne fait que rendre les gens encore plus sauvage et argneux. On pourrai plutot rééduquer, par un retour à la nature, à l'essentiel, à la communauté,des marches surveillées de 1-2-3-4 ans avec incorporation dans un service de l'état à la sortie, vidocisation des jeunes sans éducation. Certains refuseront peut être cette chance ; marcher dans la montagne et faire des feux de camps ne suffira pas à certains. On pourra alors leur proposer de rejoindre les zones de non droit démilitarisé. Des zones urbaines désaffectées closes et ravitaillés par hélicoptère, où séviront les lois que se donneront leur habitants, qui pouraient tout faire sauf sortir de la zone. Un expérience meilleure que la prison dans le sens où elle peut dejà être souhaitée par certains et surtout dans le sens où elle ferai surtout prendre conscience à ces individus de l'importance des règles en communauté, finalement. Ils pourraient alors accepter les marches dans la nature puis rejoindre la vie "civile" ensuite. Vie civile qui devra être quant à elle bien plus enthousiasmante qu'aujourd'hui cela va de soi. Avec tout ce qui doit changer il y a vraiment du travail pour tout le monde, la construction d'une société épanouissante qui devienne un modèle constitue désormais une priorité pour affronter un avenir qui sans cela se trouvera plus dégradé de nuit en nuit. Eveillons-nous!

JP Rodes

 

- - -

Autres textes sur la question:

Bellum civile ou Civil War in Paris, par Francis Moury

Le temps des kaïra, par Raphaël Dargent





Venez régulièrement pour découvrir les nouveaux textes, articles, pamphlets, citations.

Participez, ou pas, contactez nous : labsolu2000@yahoo.fr