L'Absolu, revue littéraire

 

- - -

L'effondrement

 


Der untergang, l'effondrement.

Traduire par "la chute" c'est déjà se placer différemment. L'écroulement est autre chose ; on aurait pu, par exemple, être assis juste avant de s'écrouler. Mais chuter c'est déjà tomber de haut ou alors très bas. Tandis que s'effondrer ou être effondré, ce n'est pas être écroulé, avachi ou tombé ou avoir chuté. L'effondrement est moins définitif, plus lent, majestueux et terrible, il y a un ralenti dans le réel ; d'un effondrement il reste des ruines, on n'a pas juste fait un faux pas, on est mort et on a vécu. L'Europe regarde son défunt. La mère est effondré, le fils est décédé. Il n'y a pas de chute là dedans. Ah, c'est vrai, il faut se taire... Shut-up, Hold-up. Hands-up...Et on vous fait les poches pendant que les piailleurs du coin ressassent et prennent les mesures des costards à tailler plutôt que de bouquiner, d'enseigner et de montrer l'exemple. Tous les mauvais élèves montent au tableau pour crier que les scènes intimes ne les intéressent pas alors qu'ils sont les commanditaires d'un monde d'illusion ou la télé-réalité (qui raffole de la pseudo intimité) s'est payé la part du Lion. Plus de coeur, plus de Richard, plus de Church, plus de ill ; plus de lion non plus d'ailleurs, juste sa part pour les vautours pendant que les faucons guettent.

Pas de chute donc, tous le monde reste en place dans le blaukhaus.

Et ça s'effondre, ça décrépit en s'excitant sur la pourtant évidente humanité du personnage principal, ça s'astique contre les morts et les chiffres, ça appèle l'acteur à la rescousse (on y va pour lui) et ça frissonne en projetant qu'il serait encore dans la peau du héros maudit. Et surtout, ça discute sans discuter. Ca baigne à plein dans la non-pensé inique.

Ce qui doit faire débat ici, si la liberté de parole est vraiment permise, c'est justement le moment où surgit cette création cinématographique et plus encore, le tapage qu'elle a occasionnée. Ce n'est pas un tintamarre, il y aurait des sons différents ; ce sont des gosses qui claquent leurs pupitres.

Enfin, ce n'est quand même pas une honte de dire qu'un récent guide déchu fascine et que, au fond, pour que tant de gens aillent voir ce film et se tapent presque une heure et demie en tête à tête avec Hitler, c'est qu'ils l'aiment bien... Ou que la figure d'Hitler est tout simplement d'actualité(cela n'est-il pas pire ?). En plus, la couleur était annoncée. Les 12 derniers jours. On savait d'emblée que l'on n'allait pas apprendre dans ce film comment se développent le(s) nazisme(s) ; c'est à dire presque la seule question à étudier vraiment si l'on tiens réellement à éviter le pire. Et la même étude doit être faite sur Staline, Mao et les autres ; pas de quartier!...

C'est vrai que pour les européens Hitler a quelque chose en plus. C'est la figure de l'homme bafoué qui a du ressentiment et veut se venger. C'est la concentration éternelle de la rage du cadre moyen ou sup, de l'employé brimé, de l'automobiliste dans l'embouteillage, de l'ouvrier humilié, du veau qui fait la queue au supermarché, de la connasse qui ne supporte pas qu'une autre abrutie soit plus belle qu'elle, de la gourde hystérique qui engueule tout le monde du matin au soir mari et enfants compris, j'en passe... Hitler c'est "les objectifs", la fin justifie les moyens n'importe lesquels, les pires et les meilleurs, l'incendie du Reichtag, le 11 septembre, la guerre, les camps de travail, l'extermination en général, la vengeance, l'injustice.

-Attendez, mais je reconnais ça, c'est le monde d'aujourd'hui! Votre film là c'est bien un film sur le pape c'est ça?

-Si vous voulez, en quelque sorte...C'est plutôt un Monte-Cristo qui pète les plombs.

-Mais vous savez il n'y a pas que des croyants à la messe.

-N'empêche il y a l'icône et la communion dans la salle.

-Vous allez blasphémer...

-Non Non, ce n'est pas moi qui prend Hitler pour le Christ, c'est un hasard. Les 12 dernières heures de Mel Gibson, les 12 derniers jours de Bruno Ganz. On aime voir la fin des instigateurs de grands mouvements historiques en ce moment! Le IIIème reich a largement débordé les frontières de l'Allemagne et il pourrait durer encore 950 ans comme prévu. Ce ne sont en effet pas les allemands qui ont gagné la guerre mais les nazis (et cela l'accroche du film le dit bien "meme si tout le peuple y passe Hitler ne versera pas une larme"). Et où les retrouvent-on? Von Braun envoi des américains sur la lune, entre autres choses...Et les autres? Beaucoup d'instructeurs dans le business, les armées... Ils ont fait des petits... Il suffit de suivre le plan d'évasion des anciens SS, le réseau Odessa, Skorzeny... Ce qu'il y a de bien avec eux c'est que c'est clair, tout est écrit, tout le monde est prévenu, ils ont au moins gardé des allemands une certaine clarté.

-Quoi? Des collabo actionnaires d'une multinationale française des cosmétiques? (vous me direz où est le mal puisqu'ils sont efficaces dans leur job). Vous rigolez...

-Le Général de Gaulle qui passe l'éponge pour des chefs de la police vichystes et les affameurs du marché noir? (notamment le général SS Oberg, grand chef de la Gestapo en France, condamné à mort pour crimes de guerre, gracié sous la IVème République et libéré par De Gaulle.). C'est une plaisanterie...

-Des ghettos aujourd'hui? Voyons, soyons sérieux...

Et n'oubliez pas la phrase soit-disant ironique ornant l'entrée les camps de la mort, elle dit tout du monde présent! Si tu veux être libre: travaille!

Bon allez, après tout, oui, c'est vrai ; n'empêche on est anti-raciste et anti-antisémite! On sauve la face... En fait voilà, en réduisant le nazisme au racisme et à l'antisémitisme on évite de profiter d'un des meilleurs avertissement que l'humanité s'est donné à elle même à travers l'Histoire. Et donc nous allons quasi mécaniquement vers la claque suivante. Plutôt que d'en finir avec l'asservissement de l'homme par l'homme, la frustration et l'intolérance au sens large, on screugneugneute, on ne s'occupe que de quelques conséquences. On traite un symptôme plutôt que la maladie. Résultat: cancer généralisé, gangrène, effondrement, étouffement. Et au passage surgit ce film étouffant, cette mise en abîme qui devient mise en perspective. La réalité qui se mue en une représentation finalement convenue, comme certains regards de la secrétaire.

Je sors. J'ai quand même attendu la fin. Une belle allégorie sur la mère et bien choisie en plus, la femme du propagandiste. Elle s'occupe bien du pack vie-mort, elle donne les deux elle-même, comme une grande. Les Goebbels là dedans c'est Madame télé-réalité et Monsieur télévision, ils font et défoncent les vies qui les touchent. Allez mes amis, ne laissez pas traîner vos enfants devants ces gens là, emmenez-les à la bibliothèque...

Appendice: L'animateur El Kabach, (dont j'avais pourtant presque apprécié les interviews de la momie), m'a presque antisémitisé sur place lors d'une émission sur Public Sénat... Et pourtant Dieu sait si il en faut pour que je verse dans cette engeance... On aurait dû lui préciser que ce film n'est pas un film sur la Shoa et que l'on n'est pas obligé de parler des juifs à tout bout de champ dès que l'on évoque la seconde guerre mondiale. En interdisant presque de parler du reste! Les hébreux ont vraiment d'autres choses à faire et à nous apprendre que de s'arquebouter là-dessus à n'en plus finir, surtout dans la mesure où nous sommes déjà au courrant, coupables, victimes, repentants, gorgés de mémoire, justement! Pour lutter contre l'antisémitisme il n'y a qu'une vraie parade : faire comprendre et aimer la culture sacrée des juifs (y compris dans leur propre communauté!) et à défaut, diffuser "le Pianiste" de Roman Polanski, là on comprend, là on ne veut plus de cette merde d'antisémistisme ni de sa racine l'intolérence et l'ignorance...

Mais avec ces saintes nitouches de journalistes effrayés et de licrayeux qui sautillent sur tout ce qui bouge un peu en hurlant à l'antisémitisme n'importe comment, tous le deviennent, alors qu'ils veulent sûrement la paix et la liberté comme tout le monde... Messieurs les journalistes, Messieurs les défenseurs de la judéité, on aime les juifs, arrêtez de les limiter à d'anciens bagnards innocents, il y a aujourd'hui comme hier de grands seigneurs de la pensée chez les juifs, arrêtez de les faire passer uniquement pour des victimes au risque qu'ils ne le redeviennent pour le plus grand malheur de l'humanité. Soyez responsables et réalistes ; n'oubliez pas que l'interdit attire et que le liberticide est un pousse au crime aussi puissant que la crise économique! Ce serait tellement une honte que l'histoire recommence... Pire, nous avons été prévenus cette fois...

JP Rodes


 

Venez régulièrement pour découvrir les nouveaux textes, articles, pamphlets, citations.

Participez, ou pas, contactez nous : linfini@labsolu.net