L'Absolu Nos Textes


-Jean Pascal Rodes : La Langue perdue

Les langues se tournent, sans déliés ; en détour, sans parler.

S'emparer, accaparer ; c'est ce qu'elles font. Chahutées, séparées, seules, énervées, attaquées, dépassées. Osées?

Elles ne s'en mêle pas!

Et celle là, elle reste là, en bouche ; posée contre elle-même ; elle observe son palais qu'elle appèle patience. Elle voudrait bien, montrer les dents, desserrer les mâchoires, articuler un mot ; qu'il sorte! Mais non, c'est impossible, elle ne peut que dire ce qu'elle crois ; ne sachant plus qui elle est.

Et elle est là, cette langue, sur le billot des mots ; dans les arrêtés et les lois de son temps. Ce n'est plus l'édition qui la courtise, c'est elle qui court après. Elle mange la poussière derrière les sandales de Guntemberg ; elle est prête à tout pour quelque lettrines de fontes, elle se tord en convulsions et de sa danse du ventre frénétique, on ne trouve plus qu'une sorte d'onanisme inepte.

Oui, un petit peu, juste un larme, c'est bien, une fontaine, oui, oui ; une noisette, un gland, la toison d'or ; bien sur, aucun problème ; et après ? C'est tout? Pas plus? Rien d'autre? La déprime ordinaire des derniers jours? Rien, vraiment? Jamais satisfait. Toujours dans la recherche de la fraction-union, de la jouissance passagère qui ne passe plus.

L'attente d'un carrosse perdu dans les steppes de Sibérie et qui ne reviendra pas puisque personne ne le voit revenir. La langue est partie en voyage et il ne reste que sa viande. L'édition se nourri sur le dos d'un cadavre exquis articulé sur l'absence devenue marchandise. Qu'est-ce que vous vivez? Rien! Et bien voilà. Attraction des néants, moins par moins égal plus, plus de rien ; alors on arrose tout celà de sécrétions diverses et hop, c'est riche, il y a du potentiel ; les lettrines frappent, suintent, vendent ; quand le vin est tiré, il faut le boire.

C'est toujours bien ; les yeux du lecteur lisent et laissent l'esprit occupé à lui même. Vous n'aimez plus la télévision, lisez des nouvelles ; identifiez-vous que diable! Par tous les moyens! Ne soyez pas vous-même, ne vous découvrez pas, suivez le fil. Et pendant ce temps Ariane s'envole. Les statues de cire sont sous les projecteurs, et malgré la glace, le froid qui règne dans le musé, elles s'évaporent. Petit à petit, au fur et à mesure ; bientôt les langues s'embrasseront ou s'embraseront et par leur étreinte de feu brûlerons les faux amants de papier, les faux-semblants éreintés, la vie avorté de ce temps pour y préférer un autre présent qui est encore du passé. Alors, les livres reviendront avec les oeuvres, laissant derrière les couplets plaintifs, les appendices des corps blessés, la tourbe de l'ennui d'aujourd'hui.


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